Pakistan : suite et fin :)
J ai quitte la KKH a Gilgit. C est une ville ou cohabitent...difficilement Chiites et Sunnis. J y suis arrivee de nuit sous la pluie apres une etape difficile de 100 kms sous les "Hello, one pen" de dizaines d enfants ! A 20 h, les rues sont desertes, seules circulent quelques patrouilles militaires. J ai regagne la pension pour retrouver Todd (le cycliste americain) mort de rire : pensez, monsieur a deja eu le temps de se doucher, de copier ses performances du jour (vitesse moyenne, nombre de Kms...que c est bete un homme !!!!) et de diner. Depuis ce jour, je suis devenue "the little french snail". Je m en fiche...rien ne sert de courir...Pour la petite histoire, j ai roule ma bosse jusqu a Chitral alors que notre bolide americain a du faire demi tour, terrasse par une turista !!!
Pour revenir a la route Gilgit-Chitral, les paysages sont fantastiques : contraste des couleurs avec le turquoise des rivieres, le vert des cultures, l ocre des montagnes et le gris des glaciers. De plus, les habitants sont charmants et vous saluent a longueur de journee. Malgre le Ramadan, on m offre des pommes, des noix, du the...et des verres de lait (ca y est...je m y suis faite !).
Parmi les rencontres, laissez moi vous parler du Dr Abdulbari. Il tient un petit cabanon pharmacie au milieu de nulle part. Je me suis arretee dans son officine pour acheter du Pepsi (?!!!). Il m a ensuite invitee a me reposer. Entre deux clients, nous avons echange nos visions du monde. Il m a parle de son metier et m a confie que l objet le plus utile dans sa pharmacie est sa paire de ciseaux ! Les gens n ont pas assez d argent pour une boite entiere de medicaments donc il n achete que quelques comprimes. Je garde le souvenir d un petit garcon qui s est presente avec ses 5 roupies et qui est reparti avec 2 strepsils. Medecin, psychologue, assistant social...notre cher Abdulbari occupe bien des fonctions...Il me proposa naturellement de passer la soiree dans sa famille. Encore un tres bon souvenir...J aime vivre l iftari (le moment ou les musulmans rompent le jeune) : tout a ete prepare par les femmes, les hommes s installent et a la seconde ou l on entend l appel de la mosquee, c est le rush sur les dattes puis sur les plats ! Ce soir la, assise avec les hommes (les femmes mangent separement), 3 questions delicates : que penses tu de l etat d Israel (cf Qui veut gagner des millions...Jean Pierre, je demande le jocker !!!) ? Que penses tu des gens qui prient devant des status (appel a un ami !!!) et comment expliques tu les differences de couleurs entre les hommes (cette fois, je veux connaitre l avis du public) ;) Plus serieusement, meme si nous ne partagons pas les memes avis, j ai pu m exprimer et je n ai pas ete empoisonnee pour autant !!! Je suis repartie le lendemain avec les poches pleines d abricots seches sous le regard inquiet des femmes : "une femme en velo, seule, sur les routes...on aura tout vu !!"
Sur la route, j ai encore croise beaucoup de camions ce jour la. Connaissez vous les camions pakistanais ? Ils sont uniques. Chaque centimetre carre est peint. Les decorations sont tres variees et font la fierte des routiers. A cote de ca, les pneus sont lisses, le pot d echappement mort depuis bien longtemps et le moteur en surchauffe permanente mais on s en fiche...qu ils sont beaux !
Arrivee a Chitral, je me suis dirigee vers les vallees Kalash pour faire une pause Ramadan car les habitants n y sont pas musulmans. Les pistes etaient abominables et Ganesh n en pouvait plus :) J ai choisi la petite vallee de Rumbur qui n est qu a quelques heures de l Afghanistan. Les croyances des habitants sont complexes, bases sur le pur et l impur. Mesdames, nous n avons decidement pas de chance car c est encore nous qui avons herite du maillot "impur" !!! Pendant 4 jours, je suis restee chez Ingineer et sa famille qui tiennent une petite guest house. J ai bu le vin maison, appris a jouer au cricket et marche dans les villages environnants. Les hommes de la famille m ont regulierement purifiee en me lancant, comme le veut la tradition, des goutelettes de vin sur le bout du nez (bizarre, bizarre !). Comme tout peuple "a part", les Kalash sont envahis d anthropologues, de journalistes et de savants "gugusses" qui viennent les observer, les filmer...Quand au comportement de certains touristes qui passent en jeep une journee dans l unique but de 'mitrailler' les femmes Kalash (aux vetements et bijoux tres particuliers), on ne peut qu etre revolte. J avais honte d appartenir a la majorite ethnique "Konika" :) et j ai donc decide de laisser l appareil dans les sacoches...
De retour a Chitral, j ai rencontre Farooq. Sa famille fait partie des Pashto, un groupe tribal tres represente en Afghanistan et dans la zone autour de Peshawar. Les pashto sont reputes pour leurs aptitudes guerrieres, leur hospitalite et leurs crimes d honneurs (vengeance, vengeance, quand tu nous tiens). En clair, il ne vaut mieux pas les contrarier...Farooq a 17 ans et est tout content de me montrer ses fusils et ses 2 revolvers dont un est en permanence dans sa voiture (il conduit une enorme land rover depuis ses 14 ans sans permis bien entendu !!!). Prince Farooq a grandi dans une riche famille qui possede de nombreux terrains et magasins... J ai passe deux apres midis a cuisiner avec sa maman (j avais la responsabilite de donner mon avis sur l assaisonnement des sauces...j etais la seule a les gouter, ramadan oblige).
Ensuite, je me suis dirigee vers Peshawar. Je n ai pas ete autorisee a pedaler en Dir et Peshawar car c est une zone tribale qui echappe au controle du gouvernement. La police m a proposee une escorte militaire que j ai refusee. Les policiers veillent avec soin sur "les petits touristes"...
Arrivee a Peshawar, j ai eu un choc : chaleur, pollution, surpopulation...et une atmosphere differente. Les femmes sont presque toutes sous leur burqa et on se sent en "bikini" avec un simple voile. Le regard de certains hommes devient plus pesant.. De nombreux refugies afghans sont la et mendient dans la rue.
Une serie de bombes a endeuilli les 7 jours qui ont precede la grande fete de l Eid. Les amis rencontres me disaient : "tes parents doivent etre inquiets, que disent les journaux dans ton pays ? Au moins, les europeens verront que nous sommes aussi victimes des terroristes". Je n ai pas eu le courage de leur avouer que l information n etait pas couverte par les medias francais. Les bombes irakiennes se vendraient elles mieux ?????
Pour l Eid, je suis allee 2 jours dans la famille de Mudassar, jeune etudiant de la prestigieuse universite islamique de Peshawar. Mudassar habite la Khyber Agency, une zone tribale entre Peshawar et l Afghanistan. Pour le trajet, il m a fallu disparaitre completement sous un voile pour ne pas attirer l attention de la police tribale et des habitants. Par manque de chance, un pneu de la voiture a eclate en chemin. Heureusement, Zorro n a pas ete demasque :) mais au retour, on m a demande de porter la burqa...Les habitants ici (Pashto) sont presque tous vendeurs d armes et de hashish ! Les habitations sont particulieres : immenses et entourees d un haut mur de terre cuite, elles accueillent toute la famille. Chez Mudassar, 60 personnes vivent ensemble en permanence. Les mariages sont arranges entre cousins germains le plus souvent. Mudassar sait deja qu il epousera dans quelques annees la charmante Sima, sa cousine. Mon arrivee provoque une agitation dans ce petit monde particulierement chez les femmes car je suis la premiere "occidentale" qu elles rencontrent. Meme la Baba qui prie sous une tente depuis 10 jours sans parler craque et demande a me voir...Soudain, l appel de la mosquee. L Eid sera demain...Des coups de feux retentissent (moi qui pensais que c etait des petards !!!). Les enfants font des feux et dansent autour. Les 2 journees qui suivent seront incroyables. Cette famille m a couverte de cadeaux et d attentions que je n oublierai jamais. L impression d etre Cleopatre massee et choyee par ces femmes !!! Je leur ai promis de revenir bientot...aout 2008, In Shallah :) Les hommes parlent tous anglais mais leur femme ne parlent que Pashto car elles n ont pas ete scolarisees. Il y aurait beaucoup a dire sur ce que j ai ressenti dans les relations hommes/femmes de ce pays. Mais il me faudrait trop de temps pour l exprimer. Ce sera pour le retour...
J ai regagne Islamabad avec Ganesh : un route plate mais avec une circulation terrifiante...Heureusement, des rencontres sympas sur ma route dont Ahmad, ampute suite a un accident de moto qui a ete heureux de pouvoir m accompagner en velo (sans prothese, en appuyant sur la pedale avec sa bequille !) sur un bout de chemin...
Derniere etape : Lahore et son poste de frontiere ou chaque jour, une ceremonie de cloture vient attiser la haine entre Hindous et Musulmans.
1 mois et 10 jours apres, je quitte ce cher pays. Je suis loin des prejuges du depart qui me faisaient envisager un bref sejour. Tout n etait pas infonde bien entendu, les problemes sont nombreux ici...2 dernieres anecdotes pour la fin :
D abord Wajid qui me confia "Nous avons 10% d imbeciles dans notre pays...vous n en avez pas chez vous ? Ils sont la honte du Pakistan, ruinent la reputation de notre pays mais helas, je ne peux rien y faire...".
Et puis un groupe d adolescents de Peshawar me montrant un clip sur leur portable ou les twins towers s ecartent pour laisser passer 2 avions un certain 11 septembre...
J ai ete bien bavarde ce soir. Petit detail, je tape rapidement ces textes sans prendre toujours le temps de me relire donc rassurez vous, je n ai pas oublie mes regles d orthographe :)
A bientot
Cecile
Commentaires sur cet article liateni bonjur, je cherche des informations pour me rendre au pakistan, notamment j'aimerais faire la route gilgit chitral, puis les " vallées kalash dans le plus grand des respects de ces populations. est il possible encore de s'y rendre?
liateni bonjur, je cherche des informations pour me rendre au pakistan, notamment j'aimerais faire la route gilgit chitral, puis les " vallées kalash dans le plus grand des respects de ces populations. est il possible encore de s'y rendre?