C est dans la province du Xinjiang que j ai donne mes premiers coups de pedale en Chine...Peuplee majoritairement par des minorites Ouigoures, Kirghises et Tadjiques, c est une region declaree autonome mais que l on sent severement controlee par le gouvernement chinois qui etouffe ponctuellement quelques revoltes. Les Ouigours et les Chinois Han se melangent peu et les tensions entre ces differentes communautes sont bien palpables.
Pour moi, il a fallu d abord mettre "mes pendules a l heure" ce qui n est pas une mince affaire dans ce pays. Par souci de cohesion nationale et malgre les 3500kms qui nous separent de Pekin, toutes les administrations et business tenus par les chinois sont a l heure de la capitale soit 2h de plus que l heure locale. C est assez surprenant et il faut constamment jongler entre ces differents horaires et se faire preciser "Beijing time or Ouigour time".
Par sympathie pour les ouigours, c est l heure locale que j ai conserve ce qui ne manquait pas d agacer les chinois rencontres qui essayaient de me faire comprendre que je n etais pas a la "bonne heure".
Communiquer n a pas toujours ete simple car peu de personnes parlent anglais dans cette region. Voulant acheter un rechaud a gaz pour la suite du parcours, j ai parcouru la ville avec un etudiant chinois convaincu d avoir compris ma demande. Quand il a finalement pousse la porte d une boutique et que je me suis retrouvee devant des cuisinieres four integre, j ai connu un petit moment de decouragement :)
Kashgar est une ville incroyable. Une partie est occupee par des boutiques tenues par des Hans avec tout ce qu on peut trouver dans une ville "moderne". Il suffit de traverser un boulevard pour que le paysage change ; ici, les larges avenues font place a des ruelles poussiereuses ou il fait bon se perdre, les odeurs de chachliks (brochettes de mouton au barbecue) viennent vous chatouiller les narines, et ce sont les cireurs de chaussures, vendeurs de fruits, artisans et podologues de rue qui font le spectacle. Assis pres de la grande mosquee Id kah ou sirotant un the dans une des chakainas, les vieilles barbes blanches veillent tranquillement sur cette agitation...
Apres quelques jours passes a Kashgar, je pris la direction du sud pour rejoindre le Pakistan par la celebre Karakorum Highway. Cette route, construite entre 1966 et 1979, passe entre les plus grandes montagnes du monde.
Le jour du depart, je n etais pas au mieux : chargee comme une mule et a plat a cause d une tourista, je regardais l horizon avec une certaine apprehension. Les 120 premiers kms se deroulerent sans trop de difficultes. Les pauses dans les villages etaient vraiment sympas. Les Ouigours n ont pas encore decouvert que les touristes ont ete inventes pour etre arnaques. Je me suis vu plusieurs fois refuser l argent que je tendais pour avoir ma dose de "future cola", carburant pour cycliste deshydrate :) C est assez drole, imaginez que vous alliez faire vos courses dans le petit Casino du coin et qu a la caisse, non seulement , on refuse que vous payez mais en plus, on rajoute dans votre caddie des raisins et des biscuits. Il parait qu il plait a Allah qu on offre des rafraichissements aux voyageurs de passage...
Cote hebergement, quelques emotions bonnes et moins bonnes...Une rencontre comme on en reve dans une famille ouigoure le 1er jour. En fin d apres midi, apres avoir lutte trop longtemps contre un vent de face, je decide de m arreter dans un petit village. Voyant un batiment tout neuf (dans lequel, il faut bien vous l avouer, je m imaginais deja passer la nuit) je suis recue par un administateur chinois qui ne semble pas voir la chose sous le meme angle. A la question "ou puis je dormir ?", qui est ma facon 'subtile' de demander "puis je dormir ici ?" :), la reponse est : y a pas d hotel ici, retournez a Kashgar ou allez a Guez. A 18h, il est trop tard pour parcourir les 60 kms qui me separent de Guez...Je lui montre mon velo, tente de lui exprimer ma fatigue mais il campe sur ses positions..."Meio" qui signifie "y'en a pas" est un mot qui ne necessite pas d etudes poussees en sinologie pour etre integrer. Depitee, je pars tenter ma chance ailleurs. Quelques metres plus loin, une petite ferme ouigoure avec des murs en terre...Je croise une jeune femme. Je fais le geste de dormir et la, je vois apparaitre un large sourire sur son visage et elle me fait signe de la suivre.Ouf, c est parfois si simple... En Asie Centrale, il y a une expression qui dit que "l invite est plus grand que le pere" et je le verifie encore ce soir la. Peu de mots echanges (bien contente d avoir quand meme "un phrases book ouigour"), assis autour du poele ou se consume des bouses de vaches sechees, on me gave comme une oie (ideal apres une gastro !!!!) et le supplice se termine avec un verre de lait dont on m assure qu il est tout frais. Il m est impossible de refuser et je bois sans sourciller ce breuvage, suivi immediatement d un immodium en prevision d une nuit difficile ;) C est la spontaneite de l accueil qui m a surpris encore une fois dans cette famille. Les femmes me decrochent leurs bijoux et me les offrent le plus naturellement du monde. Et moi, accrochee a mes petites affaires, je ne vois pas ce dont je pourrais me separer...Sur l estrade, on me prepare mon couchage avec les plus beaux matelas tisses. Seules les femmes et les enfants dorment avec moi, les hommes restant consignes dans la cuisine. Voila pour la meilleure nuit passee en terre ouigoure.
Et la pire ? Quelques jours plus tard, apres une journee difficile, quelques yourtes en beton s etalent devant moi. J y retrouve Todd, un cycliste americain qui se dirige egalement vers le Pakistan. Nous partageons cet hebergement quand, peu apres minuit, un gros rat profitant d une vitre cassee vient nous rendre une visite dont on se serait bien passe. J ai beau essaye de rester zen (pour ne pas faire mentir F Genest a mon sujet !!!) mais c est impossible. Alors, pour sauver le reste de ma nuit, je decide de planter ma tente a l interieur de la yourte. Tant pis pour le ridicule ! Au petit matin, je decouvre que la sale bete a festoye et qu il ne reste pas grand chose de mes raisins !
C est enthousiaste que j ai parcouru la suite des kilometres qui me separait du poste de frontiere. Cette route est un paradis pour cycliste : parfaitement bitume, on roule dans un decor de reve. Tout autour les montagnes s elevent a + de 7000m et c est incroyable. Je n ai pas assez d yeux pour profiter de la beaute des lieux. Le lac du Karakol a 3700m a ete une belle etape pour s acclimater a l altitude. J y ai retrouve beaucoup d autres touristes. L endroit est helas devenu tres business. Fini la gratuite, il faut sortir son porte monnaie...
Sur cette partie du voyage, j ai ete pour la premiere fois (et sans aucun doute la derniere ;) la cible de paparazzi. Chinois et japonais principalement ne m ont pas epargnee. Il voulait probablement elargir leur collection de photos d epouvante et avec moi, ils tenaient le sujet ideal. Rougeotte, haletante avec l altitude et le casque en travers, pliee en 2 sur le pauvre Ganesh, on etait bien loin de l image de la francaise elegante vehiculee dans le monde. J ai eu droit a differents styles d approche : il y a les presses,ceux qui ne s arretent meme pas : on voit juste un bras qui sort d une jeep et clic-clac, la photo est dans la boite. L impression terrible d etre un macaque sur une bicyclette...Il y a ceux qui vous arretent en pleine cote et qu on a envie d assommer avec sa pompe a velo tant l effort est difficile lorsqu il faut redemarrer. Il y a aussi les metteurs en scene qui vous demandent de tourner votre velo pour etre sous une bonne exposition au soleil, puis de decrocher votre drapeau et de faire le signe de la victoire avec l autre main (je confirme...le ridicule ne tue pas !). Et il y a aussi les bus arretes pres des endroits a vue panoramique ; alors la, on se fait tout petit et on essaye de passer le plus discretement possible tete plantee dans le guidon. Si vous avez le malheur de vous arreter, vous etes partis pour 30 minutes de gloire sous le feu des projecteurs :) J ai quand meme eu la bonne surprise de voir que certains m ont deja envoyee via mail la photo souvenir...
Voila, arrivee a Tashkurgan, ville ou se situe le poste frontiere, tout le monde descend. Il est impossible de passer le dernier col avec son propre moyen de transport pour les touristes. Bus obligatoire a 30 US dollars. Vive l arnaque et la frustration de devoir mettre Ganesh sur le toit d une vieille carcasse. Resultat des courses : la vitre de mon phare arriere cassee mais je m attendais a pire...
Derniere chose : ma fidele compagne Pataf la girafe a rencontre Chamak le yak et a decide de s installer avec lui dans les grandes montagnes chinoises. Face a un tel bonheur, je ne pouvais que lui rendre sa liberte...
A bientot
Cecile |