Sous'se'dail,
Tel le moussaillon en haut de son mat, un enfant cambodgien guette. De loin, un tas de poussiere sur un velo jaune apparait...Un long nez et une peau "langoustine"...plus aucun doute, il faut donner l alerte : "BA-RANG ! BA-RANG (etranger)" !!!!! L assaut est donne, des petites mains s agitent..."Heeeeelllllloooooo, heeeelllllloooooo, hhhhheeeeeeeeeeeeeeellllllllllllllllllllo". Comment resister a ces mines rejouies qui semblent reclamer le bonjour du Barang comme si leur vie en dependait ? L endurance du cyclotouriste ne se mesure pas ici en nombre de kilometres parcourus mais en "Hello" repondus.
Derriere ces visages souriants se cachent des vies qui ne le sont pas toujours. L argent fait souvent defaut et sans lui...un acces limite a la sante, a l education. Une maladie, de mauvaises recoltes...et c est le plongeon dans la misere. A la pauvrete s ajoute pour certains le traumatisme des annees de guerre. Entre 1975 et 1979, les khmers rouges de Pol Pot ont genocide 2 millions de Cambodgiens. Les annees de guerillas qui ont suivi ont laisse des millions de mines qui continuent encore quotidiennement de mutiler des hommes, des enfants. "on a emprisonne mes grands parents puis on les a tues..." m explique simplement Validoli. Une fois de plus, la folie humaine a frappe. L horreur...
Soiree a K Day.
Fin d apres midi...Kompong Thom est encore loin et je sais que le soleil sera, comme toujours, le vainqueur de la course. De leur maison, une famille me salue. Je m arrete et leur montre ma presentation en khmer qui se termine par la question : "puis je passer la nuit chez vous ?". Une fois de plus, c est un "oui" sans hesitation. La fatigue de la journee s evanouit d une traite. Apres un brin de toilette, mon hote s approche avec un flacon de talc. Visage, buste, bras...tout y passe ! Je suis blanche a faire peur. Ma talqueuse n est pas du meme avis. Le resultat semble a son gout : "beautiful, beautiful..." :)
S ensuit un bon repas et une soiree Karaoke a laquelle, je ne peux, helas, me defiler. D une voix mal assuree, je me lance sur le seul tube anglais : "Hold me for a while..." ! Par chance...il n y a pas de vitres et les verres, solides, resisteront a ma desastreuse interpretation ;)
Pnom Phen : tuk tuk lady ?
Aux abords de la capitale, la circulation devient dense. Encerclee par des cyclos, des motos, des tuk tuk, des camions, je me laisse guider par ce courant...Gouvernee par l intuition, c est une conduite assez dangereuse mais finalement plutot plaisante.
Ce soir, je retrouve Gilles, un francais en vadrouille, rencontre il y a quelques mois dans le Sikkim. Je lui reserve 2 petites surprises : une araignee frite a l ail achetee le matin a Skun (pour remplacer les ca'huetes de l apero) et un sac plastique...Alain Delon (marque de tabac tres populaire ici)...Quel veinard !
Avec les baguettes de pain, les avenues de Gaulle, Pasteur, l architecture de certains batiments et les nombreux expats/touristes francais, je me crois presque rentree au pays !
Au dela de la seduisante Pnom Phen, le contraste qui regne entre les luxueux cafes/restaurants au bord du Tonle Sap et la misere toute proche m interpelle. D un cote du trottoir, infirmes et enfants mendient, prostituees se vendent a de nombreux occidentaux venus pour le tourisme sexuel et de l autre, on sirote tranquillement (?) un cocktail...
"Mekong" est bien pres de lui...
De Pnom Phen, une piste longeant le Mekong m emmene jusqu a Kratie. Les villages se succedent et les rencontres aussi...
Kunthea, 18 ans, habite pres de Kompong Cham. Elle etudie la chimie et les mathematiques. Son pere lui a construit une petite ecole en bois et bambou dans laquelle elle dispense des cours d anglais aux petits voisins pour financer ses propres etudes. Son dynamisme et sa volonte me siderent. Je passe un peu de temps avec elle dans sa famille. Ici, tout "come from Mekong" : poisson, eau du the, douche...C est l immersion totale ;)
Je m arrete egalement un soir a la pagode Sadelay. Musique a fond dans les "cellules", cigarettes...Les moines ne semblent pas encore avoir trouve la vocation :). La plupart sont la, comme c est l usage, pour quelques mois seulement. Je plante ma tente dans la salle de cours et finis par m endormir, en pleine confiance, la bombe lacrymo dans la main ;)
De Kratie a Stung Treng : le "Far West" cambodigien
Je quitte le Mekong sur 200 kms pour rejoindre le Laos. Une route monotone, deserte, sans ombre ou tout est grille...Quelques modestes cabanes s egrenent de temps a autres. Le soleil m assomme, je m installe en pedalage automatique et je reve d ailleurs. Ici, les minutes sont des heures. Le soir tombe et je suis au milieu de nulle part. Ma carte indique un village plus important mais je ne vois que quelques maisons...peu inspirantes. La nuit qui s approche ne me laisse guere de choix. Une famille m accueille. Personne ne parle anglais...On me propose de partager le repas puis le generateur est branche pour un...Karaoke ! Tout se passe bien...mais soudain, changement d ambiance. La petite soiree bascule en "western cambodgien". Plus de peur que de mal mais je dois a toutes ces personnes une fiere chandelle. Ma nuit se termine chez un policier et sa famille...et je repars au petit matin, pressee de regagner Stung Treng, derniere ville avant la frontiere.
A bientot
Cecile
PS : j allais oublier : la visite des temples d Angkor ! Se balader avec Ganesh au milieu de ces geants de pierre...c etait tout simplement genial ! |